Une journée au pays des marionnettes

Une journée au pays des marionnettes ©Bénincultures

Une journée au pays des marionnettes ©Bénincultures

Sous l’égide de l’association Thakamou Culture Arts soutenue par le Programme Société Civile et Culture (PSCC), six jeunes marionnettistes sont en résidence au centre horticole de Ouando (Porto-Novo, capitale du Bénin) pour la création d’un spectacle de marionnette. Prévu dans le cadre des activités préparatoires de la 3ème édition du festival « Teni-Tedji, les 72 heures de la marionnette au Bénin », ce spectacle sera en tournée nationale dès le 16 avril. Mais pour l’heure, encadrés par Vicky Tsikplonou, marionnettiste professionnelle du Togo, ces jeunes stagiaires travaillent avec ardeur pour créer et donner vie aux personnages du spectacle.

« Habituellement, le dimanche est un jour de repos pour les stagiaires. Mais puisqu’aujourd’hui, le styliste devait venir finir les tenues des marionnettes, tous les stagiaires sont là, comme vous pouvez le constater ». Nous sommes le dimanche 18 mars 2012 au centre horticole de Ouando à Porto-Novo. Il est presque 11 heures. Depuis le 12 février, la marionnettiste professionnelle du Togo, Vicky Tsikplonou encadre les stagiaires retenus par l’association Thakamou Culture Arts pour la création d’un spectacle de marionnettes. A ce titre, elle veille surtout au respect des échéances en même temps qu’elle parfait la formation des stagiaires.

« Chaque stagiaire crée le ou les personnages dont il est responsable dans le spectacle. Ce qui fait que certains doivent créer plusieurs personnages. Moi, je m’assure que tout se passe bien », explique-t-elle. Répartis un peu partout dans la salle de création, les six stagiaires (3 femmes et 3 hommes) s’affairent, chacun de son côté. Sur la terrasse, le couturier prend les mesures des marionnettes à habiller et entreprend de faire des coupes dans un tissu disposé sur sa machine à coudre. Si certaines marionnettes sont encore en cours de création, d’autres reçoivent déjà les dernières attentions de la part de leur créateur. Ici, on maquille. Là on habille.

Pour ce faire et en conformité avec son rôle dans le spectacle, chaque marionnette est apprêtée et rejoint la « loge » d’où elle sortira pour les répétitions et la tournée nationale. Soudain, l’une des stagiaires attire l’attention de tout le monde. Elle vient de finir la poitrine de sa marionnette. Chacun donne son avis. Tous s’accordent que la poitrine est trop remontée et chacun y va de son conseil pour reprendre et parfaire l’ouvrage. La formatrice donne son point de vue. La stagiaire doit retoucher la poitrine. Elle s’y met aussitôt. Les autres aussi se remettent au travail. « C’est comme cela que nous travaillons ici. Tout le monde participe à tout dans le respect mutuel » commente Jude Zounmenou, président de l’association Thakamou Culture Arts.

On est tous handicapé !

Une journée au pays des marionnettes ©Bénincultures

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« Je vous présente Fêmi. C’est le personnage principal du spectacle que nous créons ». Accrochée à un clou, la marionnette que présente Vicky Tsikplonou reçoit encore les dernières attentions de sa créatrice. Héroïne principale du spectacle intitulé « Qui ne l’est pas ? », Fêmi est une handicapée motrice depuis son enfance. D’une heure environ, « Qui ne l’est pas ? » aborde les difficultés rencontrées par les personnes handicapées pour se faire une place dans la société.

Tout au long du spectacle, l’héroïne sera ainsi confrontée à plusieurs situations de rejet de la part de la société. C’est le cas à un entretien d’embauche où elle sera purement et simplement recalée par le Directeur de la société qui est un … bègue. Mais la jeune fille ne désespère pas et se bat pour se faire entendre. Elle finit par gagner à la Loterie Visa et s’installe aux Etats-Unis. « C’est un véritable appel à la solidarité envers les personnes handicapées que nous lançons à travers ce spectacle. Car, nous avons tous dans notre entourage des personnes handicapées de quelque chose. De telle sorte que finalement, on se demande qui n’est pas handicapée », conclut fièrement Vicky Tsikplonou, chargée également de la mise en scène du spectacle.

Revenant sur la création, elle explique qu’« après l’étape de conception des personnages, chaque marionnettiste devra répéter avec sa marionnette pour s’approprier le texte. Ensuite, nous ferons une répétition générale. Mais je crois que nous serons prêts pour la tournée nationale ». Prévue dans 6 villes du Bénin (Djougou, Parakou, Bohicon, Cotonou, Porto-Novo et Grand-Popo), cette tournée est une étape importante vers la tenue de la 3ème édition du festival « Teni-Tedji, les 72 heures de la marionnette au Bénin » qui se déroulera du 17 au 19 mai 2012 à Porto-Novo.

Et pour cette édition soutenue par le Programme Société Civile et Culture (PSCC), Jude Zounmenou annonce déjà les couleurs. « Ce sera une grande fête où nous espérons recevoir plus de spectateurs que par le passé. Nous avons invité quatre pays étrangers à nous rejoindre. Je pense que cette édition marquera le début d’une nouvelle ère pour l’art de la marionnette au Bénin ». Vivement.

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