Quand les marionnettes ont du cœur

Qui connaît l’orphelinat Don Bosco de Tokpota à Porto-Novo ? Un monde à part. Plus de cinq cents pensionnaires. Pour la plupart des enfants dont les parents ont été fauchés par le VIH. Des orphelins qui portent chacun les stigmates d’une histoire personnelle renversante, mais aussi des déshérités, des êtres innocents qui trainent une existence de damnés, de condamnés, des laissés pour compte qui refusent d’abdiquer, et qui vivent leur vie, à peu près comme vous et moi. Un monde entièrement à part, constitué d’âmes à part entière dont la seule existence est toute une leçon de vie, une leçon d’amour, de solidarité, d’humanisme tout simplement.

J’ai entendu parler, avec, je l’avoue, une oreille indiscrète, de la 6ème édition du festival international des arts de la marionnette au Bénin (TENI TEDJI). Puis, j’ai pris connaissance du programme. Surprise ! J’ai réalisé que TENI TEDJI, est un festival qui ne fait pas que attendre son public, mais qui sait aussi aller vers le public. Et quel public ! Dès que j’ai su que ce festival qui démarre officiellement aujourd’hui mercredi à Porto-Novo se portera vendredi prochain à l’école des Sourds muets de Louho (Ouémé) et le lendemain à l’orphelinat Don Bosco de Tokpota, mon intérêt a été instantané !

Jude Hermann ZOUNMENOU, marionnettiste au talent inénarrable et à la réputation mondialement établie, ce Jude Hermann là est un homme, un vrai ! Un homme avec un cœur grand comme le système solaire. Voilà un homme qui a compris que ‘‘pour laisser les traces dans ce monde, il faut être solidaire’’. Il organise un festival d’envergure internationale, avec six pays participants (Togo, Niger, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, France et Bénin), et il trouve l’occasion de déplacer tout ce beau monde du site officiel (la bibliothèque nationale) pour aller tour à tour dans un orphelinat et dans un centre de sourds-muets. Ça c’est avoir un cœur, un grand cœur, un cœur de trop !

La 6ème édition de TENI TEDJI démarre ce jour autour de 15heures, par une grande caravane de marionnettes. Un véritable carnaval riche en couleurs dans la ville-capitale aux trois noms. Ensuite, ce même mercredi, à partir de 19heures, sur le site officiel sis à la Bibliothèque nationale, Zeynab donnera un concert de musique inédit sur fond de prestations de marionnettistes de talent. Le lendemain jeudi, et le vendredi, et le samedi, et le dimanche, ce sera la même ambiance récréative.

J’imagine déjà la joie de ceux qui feront le déplacement. J’imagine déjà les moments de délice, de pur délire et de grande folie. J’imagine l’émerveillement de ceux qui feront le déplacement, devant l’étalage de cet art particulièrement divertissant. J’imagine…

Mais je veux le dire comme je le sens : pour moi, l’apothéose de cette sixième édition ce sera quand le TENI TEDJI se déplacera jeudi chez les sourds-muets de Louho et vendredi chez les orphelins de Don Bosco. J’imagine la joie de ces êtres particuliers envers lesquels le destin n’a pas été particulièrement tendre ? J’imagine déjà ces sourds-muets extasiés devant la danse des marionnettes. J’imagine les pleurs, les excitations, la béatitude, l’ivresse. J’imagine les regards émerveillés de ces orphelins à qui la vie à souvent fait croire qu’ils n’avaient pas le droit de goûter au bonheur. J’imagine les larmes de joie aux creux de regards innocents. J’imagine…

Mais pourquoi imaginer ? Je mesure toute la portée du geste de Jude Hermann ZOUNMENOU et tout le C.O du TENI TEDJI édition 2015, qui ont fait preuve de cet élan de cœur en pensant à ceux que la vie oublie si souvent…

En ce mois de décembre où les parents pensent déjà aux jouets de Noël pour leurs enfants ; où les enfants pensent déjà aux mots pour dire merci à leurs parents, le TENI TEDJI 2015 a pensé à apporter de la joie dans le cœur des enfants qui n’ont plus de parents, des enfants qui ne peuvent plus dire « je t’aime » parce qu’ils ont perdu l’usage de la parole…
Voilà ce que moi je retiendrai de cette sixième édition du TENI TEDJI qui commence ce jour à Porto-Novo.

Le vrai bonheur c’est celui que l’on fait naître dans le regard d’autrui. Merci à ceux qui ont le sens du partage et qui partageront ce message de soutien, en signe d’admiration et encouragement à JUDE et les siens, eux qui ont compris que le bonheur est la seule chose qui se multiplie quand on le partage.

Colince Yann, ivre d’émotions